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Effervescence en Kabylie.

Divers

La jeunesse de Bejaïa,Tizi-Ouzou, Bouira, Boumerdes et bien d’autres localités s’est mobilisé pour exiger la généralisation de l’enseignement de Tamazight à tous les établissements scolaires, publics et privés, du pays selon un programme obligatoire et progressif. Cette mobilisation fait suite au rejet par l’Assemblée nationale d’une proposition d’amendement pour la généralisation de tamazight à tout le Pays. La contestation estudiantine à peu à peu gagné la société civile dont certaines organisations ont appelé à soutenir le mouvement.

Pour la coordination des étudiants de Béjaïa, le message est clair « le pouvoir persiste dans sa marginalisation de notre identité millénaire Tamazirt par le refus catégorique de sa promotion, sa généralisation et sa mise en œuvre juridique et officielle comme langue nationale et officielle. »

Les tenants du pouvoir sont accusés de « s’attaquer eux fondements mêmes de la nation, à savoir son identité »


Les Amazighs… au temps des dinosaures !

Ce n’est malheureusement pas le titre d’un nouveau film, ni un remake de Jurassic Park, non plus une reprise de ‘’Djurdjurassique Bled’’ de Fellag.

Pendant que des dizaines de milliers de collégiens, de lycéens et d’étudiants manifestaient dans les villes et villages d’Algérie pour la mise à disposition des moyens nécessaires pour la généralisation de l’enseignement obligatoire de la langue tamazight, langue nationale et officielle, sur tout le territoire national, l’administration de l’État algérien répond, à travers le ministère de la culture, par le lancement de « 2018 : année de l’amazighité en Algérie », célébration du patrimoine culturel.

Ainsi, au lieu d’apporter des réponses concrètes et chiffrées sur les dispositions prises pour répondre à cette revendication nationale et légitime, l’État shoote les Amazighs dans les ténèbres de la préhistoire d’il y a 10000 ans (dix mille ans) (1). Eh oui ! Le slogan dit à peu près ceci dans leur langue de bois : Nos ancêtre avaient existé, se sont amusés, avaient peint des girafes et des buffles il y a 10000 ans, et puis ils sont partis, disparus (2) !

Le ministère de la culture aurait pu pousser le bouchon un peu plus loin vers l’homme d’Ighoud, près de Marrakech, et mobiliser nos ancêtres d’il y a 300 000 ans !

La légitimité historique et préhistorique c’est bien, mais il faut répondre d’abord à cette jeunesse algérienne, connectée et mobilisée, et qui a bien compris l’idéologie et l’archaïsme qui guident l’État algérien, ainsi que les autres États nord-africains.

Déjà au printemps amazigh de 1980, un esprit averti avait prévenu : ‘’Les berbères sont sortis des cartes postales’’, pour tordre le cou au mythique cliché de ‘’l’Homme Bleu’’ affiché dans les agences touristiques, un Amazigh Targui imposant sur son dromadaire, mais muet et docile… quelques années après, exaspéré, il a fini par prendre la kalachnikov... !

Demain, le ministère de l’éducation nationale nous sortira une autre initiative, partant peut-être d’une bonne intention, pour nous enseigner l’histoire des Amazighs… au temps des dinosaures, il y a 65 millions d’années !

Pour cette fois-ci, plus d’échappatoire et « les masques sont tombés » comme on dit dans le langage journalistique. Les chiffres publiés cette semaine par Djamel Ikhloufi (3), ne permettent plus de tricher et de tergiverser à propos des moyens ridicules mis à disposition par l’État pour la langue tamazight.

1. Pour l’année scolaire 2017/2018, tamazight a eu 59 postes sur 10 009, soit un taux de 0,59% sur le nombre de postes.

2. Le nombre d’enseignants de tamazight a atteint 2.757 en 2017. Sachant que le nombre total d’enseignants est 495.000, cela fait un taux de 0,56% ;

3. Le nombre d'élèves qui étudient la langue amazighe a atteint 343.725 en 2017 au niveau de 38 wilayas du pays. Sachant que le nombre total d’élèves est 8.691.006, cela représente en taux 3,95% ;

4. Le nombre d'élèves qui étudient la langue amazighe dans le secondaire a atteint 68.436 en 2017, sachant que le nombre total d’élèves dans le secondaire est 1.261.198, cela représente en taux 5,42%.

Ce sont des chiffres révoltants que chacun devrait garder en tête et méditer, car les chiffres, comme les faits, sont têtus.

En 1962, il y avait 500 étudiants algériens indigènes à l’université d’Alger et quelques 500 autres dans les universités étrangères (4). Ce qui représentait 0,01 % de la population indigène (approximativement 9 millions) !

Ce taux de 0,01 % pouvait, à lui seul, justifier et légitimer la guerre de libération nationale de 1954.

Alors, faudra-t-il reprendre le violent combat de nos pères et de nos aînés, 63 ans après 1954, pour l’avènement d’une Algérie algérienne ?

Notes.

(1) « Il (le ministre de la culture ) a par ailleurs évoqué plusieurs projets élaborés par son département pour la valorisation du patrimoine culturel, particulièrement le parc du Tassili N’Ajjer ». http://www.lematindalgerie.com/2018-annee-de-la-celebration-de-lamazighite-en-algerie-selon-mihoubi

(2) A propos de cette disparition, on dit que Mouammar Guaddafi avait son explication : « ils (les Amazighs) ont attrapé un coup de soleil et ont disparu… les Arabes les ont remplacés sur cet immense territoire ». Il n’est plus là pour défendre sa thèse.

(3) Source : Le Matin du 24/12/2017 : Djamel Ikhloufi, Chargé à la formation des enseignants de tamazight). http://www.lematindalgerie.com/madame-la-ministre-je-suis-desole-de-devoir-vous-contredire

(4) « la veille de l’indépendance, l’université d’Alger comptait 500 étudiants algériens ; un nombre à peu près équivalent de jeunes Algériens fréquentaient diverses universités étrangères. L’effectif des diplômés algériens de l’enseignement supérieur ne dépassait pas quelques dizaines... »

source : https://www.monde-diplomatique.fr/1972/01/BENACHENHOU/30739

Ce ratio est actuellement de 3,7 % de la population, très loin des 0,01 % de 1962 !

Aumer U Lamara, physicien, écrivain.

Mis à jour (Samedi, 30 Décembre 2017 19:34)

 

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